Le plus grand skatepark du monde

12/10/2014 : Ouverture

12/10/2014 : Ouverture

Soleil de plomb, casquettes léopard Suprême à l’envers, bras tatoués, pantalons extra slim et T-Shirt noirs extra larges… Bande son : les classiques du groupe hiphop Gangstarr. Bienvenue sur le plus grand skatepark du monde à… Canton.

Bien loin de Barcelone ou Los Angeles, c’est en plein cœur d’un quartier de résidences étudiantes, en banlieue sud-est de la capitale du Guangdong, qu’est sorti de terre le Guangzhou University Skatepark. Cet ensemble de béton et d’acier détrône de la première place mondiale le SMP de Shanghai avec une superficie de 17000 m2 et son half pipe sinueux de 80 m de long.

Les pionniers

« C’est une chance pour la communauté des skaters de Canton ; les gamins vont pouvoir s’entraîner sur des installations de qualité » se réjouit Tim, patron du premier skate shop Hero, et pionnier du mouvement skate en Chine.

« J’avais 16 ans en 1992 quand j’ai découvert les tricks (figures) de skaters américains à la télévision. Avec mes potes on ne comprenait pas comment ils arrivaient à sauter. On s’est tout de suite mis en quête de planches pour essayer ». Mais à l’époque, Tim vit à Xi An, loin dans les terres du centre de la Chine, loin des zones côtières ouvertes sur le monde. Par « miracle », ils trouvent et achètent les deux uniques exemplaires d’un supermarché, au dos desquels sont inscrits le nom et l’adresse postale d’un certain Karl Gao. « Karl était un chinois de la diaspora revenu vivre au pays, à Qinhuang Dao, pas très loin de Pékin. Il est rentré des US avec des tas de planches, et c’est comme ça qu’il est devenu le premier vendeur de skateboards en Chine » continue-t-il. Tim et ses amis commandent alors d’autres planches par lettres manuscrites et se donnent entièrement et du mieux qu’ils peuvent à cette passion naissante. En 1994, Karl Gao organise le premier rassemblement de skaters en Chine, chez lui à Qinhuang Dao. Devenu entre temps le représentant exclusif de la marque américaine Powell, il réussit à inviter le légendaire Steve Caballero, alors membre de la Bones Brigade, aux côtés de Tony Hawks, et futur investigateur du modèle de chaussures « Cab » de chez Vans.

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1994 : Une des 1ères compétitions de skate du pays

Pour ce contest, M Gao rassemble tous les curieux du pays à qui il a vendu ses premiers skateboards. Avec trois autres amis, Tim rallie la côte Est après 32 h de train, et ce, malgré l’interdiction de ses parents. « On était à peine 50, on est restés une semaine à skater, et aujourd’hui, une partie d’entre nous est encore bien influente dans le mouvement. »  Il fait référence à son ami surnommé Panda, ambianceur à la cérémonie d’ouverture du skatepark de Canton, propriétaire du skateshop de Qingdao (province du Shandong), et manager chez Vans Chine.

« C’est grâce à Karl que cette première génération de skaters est née. Aujourd’hui, il n’est plus dans le business, et nous avons toujours autant de respect pour ce pionnier » rajoute Tim.

Sport et business

A partir de 1996, et pendant 4 ans, Tim étudie dans une université militaire, au sein de laquelle la pratique du skate est aussi inexistante que les rampes en Chine. Une fois diplômé, il trouve un poste dans l’administration à Canton et peut reprendre son hobby. Tous les week-ends les skaters se retrouvaient et se retrouvent encore aujourd’hui à Martyr’s Park. Cette place située au centre de Canton a été construite la même année que la station de métro qui la dessert, ce qui la rend très facile d’accès. « Les gars du Sud me demandaient toujours de leur apprendre les tricks de base ». À l’époque en effet selon Tim, le sud de la Chine dont Canton est la capitale avait beaucoup de retard dans l’appropriation du mouvement skate. Les raisons : Internet quasi inexistant, ponts impossibles entre la culture skate du Nord et celle du Sud, ainsi qu’une trop faible influence en provenance de Hong Kong, car malgré son ouverture sur le monde, l’île venait d’être rétrocédée à la Chine. « Fin des années 2000, les importations depuis HK étaient trop taxées et le Hong Kong dollar plus élevé que le Yuan. Il était donc plus intéressant d’acheter ses planches dans le Nord du pays. » explique Tim. Dans ce contexte, l’idée d’ouvrir un skateshop dans le Sud germe, et ce sont ses connections des premières heures qui l’y aideront… En effet, Panda, installé à Qingdao, va lui fournir ses premières pièces et lui apprendre les rudiments du business.

Une progression à l’image du pays

Le Hero skateshop ouvre en 2006 à deux pas du Martyr’s Park et ne vit au début, que grâce aux quelques 200 skaters réguliers de la place. D’après Tim, la culture skate touche aujourd’hui environ 10 000 personnes en Chine. Cela reste embryonnaire au regard des 8,5 millions d’habitants mais la progression n’en reste pas moins impressionnante.

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Nico Charrier (à gauche)

Nicolas Charrier, skater professionnel français, classé 56mondial en 2012, et qui vit aujourd’hui à Canton peut en témoigner : « En fait, le skate a vraiment commencé à exploser en Chine parce qu’ils ont trouvé de très bon spots ». En effet, la croissance chinoise impliquant le développement de villes nouvelles et la modernisation des existantes, on trouve un mobilier urbain particulièrement récent et en très bon état. Le gigantisme du pays engendre des kilomètres de rues, des tonnes de bétons en forme d’escaliers, de rampes qui fleurissent notamment sur les multiples places (du Peuple) des villes chinoises. La vidéo du réalisateur Charles Lanceplaine publiée en 2012 en est un bel exemple (Lien).

A ce défrichement par les skaters de spots encore vierges, s’ajoutent les investissements des géants Nike, Vans ou Converse. Conscients de l’énorme potentiel du pays, ces derniers subventionnent les compétitions, achètent des espaces publicitaires et sponsorisent des skaters professionnels chinois. D’après Nicolas, « un skater sponsorisé par Converse touche autour de 10 000 RMB par mois » (équivalent à 1 200 euros), somme plus qu’honorable dans un pays où le salaire minimum avoisine plutôt les 200 euros dans nombre de provinces.

Tim, le doyen, insiste sur le fait que ces skaters professionnels sont conscients de l’aspect éphémère de leur « carrière », dont la longévité atteint tout au mieux cinq ans. Ceux-ci capitalisent donc sur leur expérience afin de se reconvertir à un niveau ou un autre dans l’industrie du skate.

skate fuck

Une culture mondiale

« Tu peux voir que le degré d’appropriation de la culture skate dans son ensemble est très élevé » affirme Nicolas. Les centaines de jeunes chinois présents à l’ouverture du skatepark ne sont plus de la génération des pionniers, mais de celle de l’extension de masse. Nourris essentiellement sur le net, ces jeunes swaggeurs chinois adoptent les mêmes chaussettes hautes et colorées, les mêmes casquettes que les rappeurs/skateurs du collectif Odd Future de Los Angeles, voire les dépassent en créativité. Illustration du principe de l’adepte nouvellement converti qui, pour gagner en légitimité auprès de ses pairs, ici les kids skaters du monde entier, mais aussi les primo convertis chinois – vont encore plus loin dans l’application des codes vestimentaires, musicaux, etc.

Les filles aussi

D’après Tim, « beaucoup de filles veulent se différencier de la masse en s’écartant du modèle de la gentille lycéenne en uniforme. Le dress code, les tatouages et l’attitude non conventionnelle sont pour elles une porte de sortie ».

Skateuse

Skateuse

Meng Meng est une jeune Cantonaise de 18 ans. Cheveux blonds décolorés sous une casquette de base ball, épaule entièrement tatouée, et la punchline du rappeur Tupac gravée à l’intérieur du bras gauche : « Everyone’s ashamed of the youth cause the truth look strange ». Elle skate à Martyr’s Park depuis deux ans et maîtrise parfaitement le Ollie (surpasser un obstacle en faisant sauter la planche ). Elle a commencé à skater parce que depuis son lieu de travail elle observait les skaters du parc. « J’ai sympathisé avec l’un d’entre eux et puis j’ai décidé d’acheter une planche pour essayer. J’ai tout de suite accroché. Quand on skate, on se détend, on oublie ses soucis parce qu’on se concentre sur une seule chose : améliorer ses tricks. Ça devient une sorte de drogue […]. Le skate m’a aussi donné plus confiance en moi, parce que tu as beau tomber, tu te relèves toujours, et à force tu n’as plus mal ». Elle s’exerce maintenant presque tous les soirs après le travail avec ses nouveaux amis skaters. Majoritairement masculins, ceux-ci l’ont rapidement intégré dans le groupe en la considérant tout simplement comme un autre humanoïde à leur image : casquette/roulette. À quand la première skateuse professionnelle chinoise ?

Aujourd’hui, malgré la cérémonie d’ouverture, les autorités de la ville ne se précipitent pas, et il faudra attendre janvier 2015 pour la gratuité et le libre accès. « Ces quelques mois d’attente ne sont rien comparés au 2 ans de retard du projet ! »  minimise Meng Meng. Espérons néanmoins que le projet réponde aux attentes liées à son statut de n°1 mondial, dont l’investissement se chiffre tout de même à quelques 40 millions de yuans !

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