Si tu as fait Huangshan, alors tu es un homme…

 


Depuis que je connais la Chine, j’ai toujours voulu faire quelque chose d’extraordinaire, mais je n’avais jamais trouvé cette chose. J’avais des amis qui, un jour, étaient partis dans le pays de Confucius, faire l’ascension de la montagne sacrée. Leur récit m’avait époustouflé ! Une montagne avec que des escaliers en pierre, des marches différentes, grosses, saillantes, glissantes, râpeuses, difformes, usées par le temps ; à les écouter, ton pied doit prendre la forme de la marche, certaines parties nécessitent même les mains pour grimper. C’est décidé c’est cet endroit que j’allais affronter !

Je parle de mon projet d’expédition à mon vieil ami, Panlong « si tu veux faire quelque chose de dingue, alors c’est a Huangshan où il faut aller ! » me répond-il. Après avoir vérifié sur Internet les photos du site, cela me parait encore plus impressionnant que Taishan ! La montagne de Confucius est un sanctuaire de 5000 marches, Huangshan s’étend sur plusieurs kms² !

train Shanghai-Huangshan

Après avoir passé le week-end du 23, 24 décembre pendu au Bar rouge, Attica et autres endroits à la mode de Shanghai, me voici la nuit de Noël, le seul et l’unique vieil étranger à prendre le train, perdu au milieu d’un noria de voyageurs chinois dans une gare immense. Comme guise de repas, je prendrais une soupe de nouilles instantanée avec cette bonne vielle infâme saucisse rouge ! Il est 7h du matin, quand soudain on entend un grand bruit, le train vient de percuter un camion, le chauffeur est mort… Moi qui pensais, débuter l’ascension dés le matin à 9h pour redescendre le jour même, j’aurai 2 heures de retard sur mon planning avec beaucoup de frayeurs dans la tête.

Diner de Noel

A peine arrivé, je demande s’il reste des bus pour faire l’ascension. « Il est trop tard pour redescendre le même jour, il est plus prudent de le faire demain » me répond-on. Peu importe, j’ai vraiment envie de le faire aujourd’hui, me voici donc parti au terminal de bus pour négocier avec un chauffeur mon voyage. Là-bas, je rencontre un jeune chinois de Shanghai qui s’appelle Li, je réalise que nous avons le même objectif.

Accident de camion

Je lui propose donc de se joindre à moi pour la montée, par précaution. Après une bonne heure de bus, mélangés aux locaux qui rentrent du marché avec leurs volailles et leur paniers à légumes, nous arrivons au pied des montagnes jaunes (Huangshan), quand soudain le bus s’arrête devant un hôtel « descendez ici, et dormez à l’hôtel, c’est trop dangereux il est déjà 14h, la nuit va tomber bientôt »

A peine éjectés du bus, j’ai tout de suite compris de mon camarade de voyage n’était pas prêt à abandonner, tant mieux, car moi non plus ! Nous nous sommes donc dirigés vers les premiers bus qui mènent à l’entrée des montagnes 500 mètres plus loin, mais nous avons essuyé refus sur refus – et les taxis nous avons oublié, car ils étaient trop chers. Nous avons donc commencé à grimper du point 0, la longue route en lacet (Eh Oui !). Le seul problème était que nous ne pouvions arriver par l’entrée principale, les gardiens nous auraient barré le passage. A l’aide d’une carte, nous avons donc localisé une entrée secondaire pour échapper à la vigilance de la sécurité.

Huangshan

C’est ainsi que commença l’ascension, je fus d’ailleurs très surpris, les marches étaient d’excellente qualité ! Moi qui pensais trouver des marches centenaires dont l’érosion aurait fait leur charme, j’étais presque déçu. Quand je pense que certains mettent 4h pour monter me disais-je. 2 bonnes heures devraient me suffire ! A 16 h, j’atteindrai un des sommets puis à 18 h je serai en bas ! La première heure s’est plutôt bien déroulée, mon compagnon de voyage Li avait toujours 10 à 20 marches d’avance sur moi, il disparaissait de temps à autre dans les coudées de la montagne, se qui me faisait paniquer. Le paysage de Huangshan est magnifique, on a vraiment l’impression de rentrer dans le sanctuaire des Dieux.

Puis l’enfer est arrivé ! Les marches sont devenues plus abruptes, mes genoux à force de faire continuellement le même mouvement me faisaient mal, l’alcool du week-end de Shanghai avait pris beaucoup de mon souffle vital pour affronter cette épreuve de la nature. Li, me voyant souffrir me donnait des tranches de navet chinois et de la viande de bœuf séchée, cela me donna suffisamment d’énergie pour poursuivre notre chemin. Mon rythme était devenu lent mais acceptable pour Li. Pour récupérer mon second souffle, j’ai commencé alors à prendre beaucoup de photos, ce stratagème me permettait de progresser péniblement mais la douleur était supportable.

Des petits cris aigus se firent entendre dans les arbres, des singes me disais-je. En levant la tête, aperçu un arbre bouger puis un animal descendre le long du tronc. Nous avions pénétré leur territoire. En Moins de 5 minutes, nous avions faits la rencontre la rencontre de la tribu des babouins de Huangshan, pas moins d’une vingtaine d’individus vinrent à notre rencontre. Nous n’aurions jamais du les laisser venir à nous, je me rends compte d’une partie du clan se situe derrière et qu’une autre nous fait face. Le chef de la bande vient timidement vers nous, j’aimerai pouvoir lui parler pour lui demander mon chemin, il parait vraiment humain lorsque je le regarde dans les yeux. Puis je réalise, que ce n’est pas moi qui l’intéresse mais les sacs de provisions que je tiens à la main. En une fraction de seconde, il arrache les anses en plastique faisant tomber les fruits frais et les bouteilles d’eau. Je le vois me faire un beau sourire avec ses belles canines, c’est trop dangereux d’essayer de les récupérer, il peut me mordre et si il se sent attaqué, c’est la tribu qui me tombera dessus. Nous montons doucement les marches pour ne pas les agiter, il nous reste une bouteille de Pepsi cola pour encore 2 heures d’ascension, je n’y arriverai jamais, je commence à avoir peur.

Singe de Huangshan

Je me demande comment va se terminer cette journée : Me voici sans eau, et je n’arrive pas à voir la fin des escaliers, chaque nouveau virage, ils me paraissent plus longs et plus raides. Li, qui virevolte sur les marches, s’arrête toutes les 2 minutes pour m’attendre. Je sens qu’il voudrait m’abandonner, j’aimerai lui dire de s’en aller, que je peux me débrouiller seul, mais si je le fais, je meurs. La montée devient désormais insoutenable, nous avons entamé la troisième heure d’ascension, il est 17h et la nuit commence à tomber. Le froid s’installe, la brume envahit la montagne et notre progression donne l’impression que nous traversons le pays des ombres. Je commence à avoir des vertiges, Li doit de me tenir par le bras pour que je ne tombe pas à la renverse et fasse une chute fatale. A cet instant, j’ai commencé à enregistrer une vidéo et laisser un message au cas où, j’étais terrifié .

Nous montions depuis plus d’une heure sans eau, la bouteille de cola était vide depuis longtemps, les vertiges et la fatigue devenaient plus pesants, les pauses n’y suffisaient plus. Nous commencions à arriver à notre destination, il restait encore 3,5 kms avant le sommet, au moins je savais la distance qu’il me restait à parcourir. Nous avons finalement trouvé une échoppe qui vendait de l’eau, dans la précipitation, la fatigue m’a fait trébucher. Nous avons repris le chemin, mais nous n’étions pas au bout de nos peines.

Lever de Lune sur Huangshan

La nuit est devenue noire à partir de 18h et nous étions perdus dans les couloirs obscurs de la montagne, l’épaisseur de la foret masquait la faible lueur de la lune. A partir de ce moment là, il était quasiment impossible de voir à plus d’un mètre. Je suis redevenu optimiste, j’ai commencé à utiliser le flash du téléphone portable, sa faible lumière nous a aidé dans notre progression. Malheureusement ma torche électronique n’a tenu que 15 minutes, la technologie n’est pas encore prête à rivaliser contre la nature. A ce moment j’ai senti que la Nature pouvait décider à tout moment de mon sort. Armés de notre intuition nous avons donc continué la route, en essayant de deviner les directions. Nous étions presque aveugles, seuls nos pieds et nos mains pouvaient nous guider, c’était vraiment une sensation étrange.

Les marches de la Nuit

En regardant vers le bas pour voir la distance que nous avions parcourue, nous avons aperçu des lueurs, puis les lumières ont commencé à se rapprocher. « Il y a du monde qui vient par ici » me dit Li. Nous avons rencontrés des ouvriers qui rentraient à leur camp de base équipés de torches. Ils nous proposent de se joindre à nous pour terminer l’ascension, nous sommes sauvés ! Nous nous intégrons au rythme du groupe et par magie tout devient plus facile, nous n’étions plus qu’a 800 mètres du point de l’Oie de Jade. Ce fut la distance la plus difficile : des escaliers raides comme des échelles, certaines marches même gelées, certains passages dans la montagne ne permettaient le passage que d’un homme à la fois, sans lumière comment aurait-on fait ?

Apres 4 heures d'ascension

Il est 19h, nous aurons mis finalement 5h pour arriver. Il fait noir obscur, je n’imagine même plus redescendre ce soir, je n’y survivrai pas. Avec Li, nous négocions un chambre à 400 RMB (20euros par personne) dans un hôtel 4 étoiles. Tout est déjà fermé, nous supplions un restaurant de nous servir à dîner. J’ai envie de me remettre de mes émotions, je prenais une eau de vie à l’hippocampe à 53°. En sortant, j’aperçois une magnifique voûte étoilée, d’ici j’ai vraiment l’impression de toucher le ciel.

Le lendemain, je continuerai mon périple en bien meilleure forme, Li reste le premier dans les montées et moi, le premier dans les descentes. Nous traversons encore des escaliers gelés, courront dans les descentes avec au bout un précipice et marchons au bord des ravins, peu importe le plus dur est passé. A midi, j’abandonne mon ange gardien, et le remercie mille fois de son aide. Il me conduit au téléphérique qui permet de redescendre en moins de 30 minutes. A peine ais-je tourné le dos qu’il disparaît en haut d’une montée c’est la dernière fois que je le verrai. Quand à moi la route est encore longue, il me reste encore 12 heures de bus avant d arriver sur les rives du Lac Dong à Wuhan. Je reviendrai.

Voir aussi HASH Guangzhou, le trekking de QingMingjie

3 réponses à “Si tu as fait Huangshan, alors tu es un homme…

  1. nous avons fait Wudangshan. et dans ton récit, j’y ai retrouvé mes sensations. un lieu magnifique mais une douleur intense.
    commet font les chinois pour monter aussi vite ??
    merci en tout cas, je me sens moins seule maintenant de voir que d’autres ont partagé la même expérience…

  2. Lire aussi l’ascension de Emeishan, Taishan, Zhang Jiajie (sacrées montagnes) dans les chroniques de Laurent Septier « Gagner un peu d’immortalité » (https://www.facebook.com/GagnerUnPeuDimmortalite)

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